Peintre

La presse 2011

La presse parle de Pilou

Article paru dans la voix du nord 18/11/2011

Que regarde Delannoy ? Parfois, furtif, il vous fixe, avant de replonger les yeux grands ouverts, vers un point que l’on ne perçoit pas.

Soixante ans de peinture ont comme façonné ses rétines pour qu’elles soient inondées de lumière même si l’homme frappe son ventre pour montrer « où les choses se passent ». À 75 ans, Jean-Pierre Delannoy poursuit le travail amorcé en 1952, quand il entre aux Beaux-Arts contre l’avis de son père mais encouragé par sa mère. La première place à un concours de peinture à 17 ans confirme sa vocation : « j’ai gagné le droit d’exposer un mois à la galerie Dujardin de Roubaix », là où sont passés de nombreux artistes qui connaîtront une carrière brillante.

Sortir de l’académisme

Delannoy, lui, entrera dans l’enseignement par accident. Après des mois en pleine guerre d’Algérie, il entre au lycée Gambetta de Tourcoing pour transmettre les arts plastiques : « mon emploi du temps était élastique et il m’a laissé du temps pour peindre. » Le prof peint avant, après et même parfois pendant les cours : « la technique n’est pas théorique, il faut la montrer. » À cette époque, il partait en pleine nature, chevalet, tubes et toiles sur le vélo. Puis, dans les années soixante-dix, il décide de ne plus sortir de son atelier : « j’ai mis dix ans à sortir de l’académisme des Beaux-Arts. J’y ai appris à dessiner, à trouver une certaine harmonie mais à un moment, j’ai utilisé ma mémoire. » La quête d’un style personnel est lancée. Jean-Pierre dort très peu, se levant tôt pour se coucher tard, passant des heures devant les toiles. Il adore mélanger les techniques, piocher dans des supports qui parfois viennent de la récupération. Il presse ses tubes à deux mains et passe d’un sujet à un autre, travaillant parfois tout une série en même temps.

Et si le peintre passe autant de temps devant sa peinture, c’est qu’il éprouve la plus grande difficulté à mettre la touche finale. Souvent, sa femme Françoise lui vient en aide, conseillant, admirant et respectant toujours celui qu’elle voit évolué depuis des lustres. Sans elle, Delannoy n’arriverait pas à suivre les exigences d’une vie en société, restant en vie suspendu à un pinceau.

« Un tableau vendu est un tableau sauvé », confie Delannoy. Celui pour qui « rien n’est jamais acquis » doit arrêter avant d’abîmer le support. Déjà, en gardant des toiles dans un abri de jardin en bois, elles souffrent. C’est pourquoi la mairie d’Halluin a mis un local de 25 m² à disposition de l’artiste.

Depuis un mois, Delannoy s’est mis en pause : « Le magasin cerveau peut être en rupture de stock alors il faut se réapprovisionner, changer les dosages et les recettes. Mais je peins la nuit ». L’esprit est intact mais l’âge commence à peser. Le peintre marche difficilement, dort beaucoup en laissant flotter ses idées.

Entrer au musée

L’ambition de cet artiste n’est plus de bien vendre ses toiles couvrant un éventail de 250 à 6 000 euros, mais d’être reconnu, de franchir le palier des musées, d’être prisé des conservateurs avant de voir sonner son heure. Françoise croit en son homme, d’où une certaine révolte : « il faut attendre d’être mort, c’est abject ». Pourtant, au cours d’une visite avant l’ouverture de l’exposition à la Galerie, le musée de la Piscine de Roubaix lui a acheté une oeuvre. Un achat qui a déclenché un sourire d’enfant. •

La Voix du Nord

PAR GEOFFROY DE SAINT GILLES

Une réponse à La presse 2011

  • Jean-Pierre. J’ai adoré te voir peindre ou te voir manipuler ta mine noire sur le papier… Toute nôtre plus vive amitié à vous deux. Lionel & Minou

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